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Histoires du monde

Une gorgée d’eau à l’origine de Massalia.

Une vue aérienne du Vieux-Port et du chantier de fouilles de l'antique port grec dont on aperçoit la corne pénétrant profondément dans la ville, autrefois dans les terres. Cliché de 1970 environ.

L’histoire primitive de Marseille est mystérieuse et passionnante. En effet, les textes sont avares de renseignements et les ruines peu bavardes d’indices mais il en existe quelques fragments explicites, ce qui aiguise le sens de la curiosité d’un nombreux public, dont je fais partie, passionné par cette ville devenue cosmopolite comme tous les grands ports du monde.

Tous les écrits, toutes les recherches archéologiques confirment unanimement que les marchands de Phocée, peuplade d’Ionie (1) en Asie Mineure, sont les architectes-fondateurs de Marseille. Sur leur terre d'origine, confinés sur un territoire exigu, les Phocéens passent beaucoup plus de temps de leur vie sur mer que sur Terre. Ils connaissent parfaitement le milieu maritime et sont de grands marins, ce qui alimente une soif irrésistible de naviguer sur les mers, en quête d’échanges commerciaux. C’est ce que raconte brillamment Aristote(2) dans la « République des Marseillais".

Toutefois il existe quelques versions légèrement différentes. Les textes de Justin (3) sont généralement, sur ce point, préférés à ceux d’Aristote. Il écrit qu’une bande de jeunes gens originaires de Phocée débarquent sur l’estuaire du Tibre. Ils sympathisent avec les Romains, puis ensemble décident à bord de navires d’explorer les rivages les plus reculés de la Gaule.

En ayant osé s’aventurer vers la Gaule, ils arrivent à l’embouchure du Rhadano (Rhône). Séduits par ce lieu charmant, ils racontent, de retour chez eux, ce qu’ils ont découvert et engagent le plus grand nombre de compagnons pour y revenir. Cap vers la Gaule, les chefs de la flotte furent Simos et Protis jeunes meneurs épris d’aventures et d’affaires. Ils ambitionnent d’installer une colonie phocéenne afin d’établir un comptoir commercial.

A leur arrivée, ils rencontrent la tribu des Ligures, les Segobriges, dont le roi est Nanus, pour lui demander son amitié mais également le territoire sur lequel ils désiraient s’installer.

Il se trouva que ce jour-là, le roi était occupé aux préparatifs du mariage de sa fille Gyptis ; il donne en mariage sa progéniture selon la coutume de la nation, à un gendre choisi pendant le festin. Tous les invités à la cérémonie étant arrivés, on invite les nouveaux hôtes à prendre part aux agapes. La jeune fille est ensuite introduite, et son père lui demande de proposer simplement de l’eau contenue dans une cruche d’argent à celui qu’elle choisira pour époux. Le cœur de la future reine bat la chamade, l’émotion est visible, son regard croise celui des nombreux prétendants mais son choix est déjà fait. La reine Gyptis offre la cruche d’argent remplie d’eau fraîche à Protis brillant jeune homme et habile marin venu de la lointaine Phocée. Il déguste une gorgée d’eau, symbole de partage et de vie, scellant ainsi la fondation d’une nouvelle cité qu’il érigera sur les bords de la corne du Lacydon. Celui-ci, devenu ainsi, de simple hôte qu’il était, gendre du roi, reçut de son beau-père un territoire pour y fonder une ville baptisée Massalia.

Au-delà des légendes plus ou moins romancées, l’origine de cette ville par des faits ou des travaux est précise, indiscutable. C’est en 600 avant Jésus Christ que les Phocéens débarquent sur cette terre ouverte à tous les vents dans un écrin de roches chaudes, l’éclatante lumière donne soif aux yeux, Ici la mer a toujours envie d’envahir les terres, elle creuse patiemment des échancrures. L’esprit cherche un refuge, les Phocéens devancent ce désir en créant une colonie sur la calanque Lacydon, au pied de la butte Saint Laurent dont ils avaient sans doute depuis longtemps exploré les avantages, exactement à l’emplacement qui aujourd’hui forme le Vieux-Port de Marseille.

La colonie s’organise rapidement ; sur la rive septentrionale ils creusent les premières fondations.

Sur ce croquis, on peut voir les variations du port de Marseille. A l'origine le port était naturel, beaucoup plus grand que le port actuel et était probablement marécageux. A partir du IIIème siècle, il fut envahi par la vase.

1). Entrepôt de jarres et de marchandises diverses.

2). Théâtre grec.

3). Temple d'Apollon.

4). Temple d'Artémis

Les nouveaux émigrés obtiennent les terres indispensables à leur subsistance. La culture du blé, plus encore celles des ceps de vigne et des oliviers, leurs fournissent les ressources alimentaires que la mer va améliorer nettement. C’est vers celle-ci surtout que leur activité se porte. Elle est pour eux, d’abord un réservoir d’aliments et matières premières : le poisson abonde, particulièrement les muges, les rougets et les thons, si appréciés des anciens, ils prélèvent le corail des fonds peu profonds de la côte, et comme les Phéniciens, le murex pour extraire le pourpre, très prisé sur le pourtour méditerranéen. Un chapelet de lagunes littorales procure le sel, denrée indispensable en ces temps reculés

Mais la Méditerranée était primordiale pour eux pour d’autres raisons. Longtemps, elle demeurera la route par excellence, route beaucoup plus sûre que les chemins de terre où l’insécurité est grande. C’est aussi le seul trait d’union des Grecs avec leur origine hellène. C’est par elle que les migrants reçoivent les produits de l’Orient hellénique, notamment les étoffes et les vases peints qu’ils feront pénétrer par la suite dans tout l’Occident. C’est elle encore qui permettra d’exporter le surplus de sa production vers d’autres points du littoral. Tout juste un siècle après sa naissance, la nouvelle Phocée va allumer de nouveaux foyers de civilisation le long des côtes de Gaule et d’Ibérie. De 480 à 350, les Massaliotes fondent, Olbia (Hyères), Antipolis (Antibes), tandis que vers l’Ouest font naître en Languedoc Héraklèa (Saint Gilles) Rhodanousia, (probablement lieu-dit situé à l’embouchure du Rhône), Agathé Tyché (Agde) et en Catalogne, Rhodé (Rosas), Emporiae (Sant Marti d’Empùries), ils occupent en cas de mauvais temps l’abri de Portus Vénéris (Port -Vendres) en Roussillon. Ainsi Massalia crée des colonies ou des comptoirs autour du golfe du Lion qui sont à la fois des débouchés et des appuis stratégiques. Ces ports organisent un intense cabotage vers le Lacydon, particulièrement ceux d’Ibérie (5), qui y envoient l’argent, le fer et le textile. Ils tiennent éloignés les rivaux Etrusques et Carthaginois. En peu de temps, Massalia affirme sa suprématie maritime et commerciale dans l’Ouest de la Méditerranée, et le IVème siècle voit s’épanouir une véritable thalassocratie (4)  marseillaise, analogue en puissance aux empires navals que les cités phéniciennes avaient jadis exercés en Orient.

D’après Strabon, célèbre géographe grec, les Massaliotes ont un gouvernement aristocratique, et il n’y en a pas de pays dont les lois soient meilleures. Les lois sont le copier-coller de celles de la lointaine province d’Ionie. Toutes les conditions sont réunies pour que l’expansion florissante de Massalia se poursuive régulièrement jusqu’au temps de César.

Dans les années 1970, des ruines grecques confirment ce passé. A quelques dizaines de mètres du port a été dégagé un bassin rectangulaire de 15 mètres sur 17,50, profond de 2,60 m. C’était une réserve d’eau douce pour les habitants, les matelots et les navires. Une roue à godet élevait l’eau. Entre les dalles ajustées avec précision, de la poix empêchait les infiltrations d’eaux saumâtres ou polluées. Ce réservoir est d’origine grecque. Sur la dalle de fond, une pièce de monnaie représentant l’empereur Commode, qui régnait à cette époque, démontre que le réservoir-fontaine fonctionnait encore au IIème siècle. On retrouve aussi, des vanneries, des vases, 2 amphores tombées dans un angle et qui contenaient encore des olives intactes et les tiges de fenouil qui les parfumaient. Du port lui-même on a retiré des poteries, des lampes, des monnaies, des ossements d’animaux, des squelettes humains, des débris de colonnes, des bornes. Plus loin était un entrepôt romain de dolias (poteries en argile cuites). Au fond du port, nous. voyons des coquilles d’huîtres attachées au quai, alors que de nos jours on ne trouve plus d’huîtres à Marseille. Tout cela va permettre de dater les constructions, de comprendre comment on vivait à cette époque à Marseille.

Le réservoir-fontaine (en rose sur la photo de 1970) d'origine grecque est utilisé encore au IIème siècle. A droite, la corne du port grec.

Au cours du IIème siècle avant J.C, Massalia se trouve confrontée à l’exubérance désordonnée de ses voisins gaulois. Pour faire face à leur menace, la cité fait appel à son alliée Rome, devenue entretemps une grande puissance méditerranéenne. A l’occasion, l’empereur romain, Jules César et son insatiable boulimie de conquête, s’empare de la cité phocéenne. Ainsi se termine la brillante épopée grecque, la conquête romaine sera l’occasion de poursuivre la fabuleuse histoire de Marseille, cité profondément imprégnée de parfums venus d’horizons divers.

1). Ionie est une région historique du monde grec située à l’Ouest de l’Asie Mineure.

2). Aristote est un émérite philosophe grec.

3). Justin : historien latin du IIème siècle.

4). Thalassa : en grec cela signifie la mer. La thalassocratie est donc le gouvernement de la mer.

5). Ibérie ancien nom de l’Espagne peuplée d’Ibéres.

Polders aux Pays-Bas

 

Une partie de la Hollande est inondée régulièrement car le niveau des terres est inférieur à celui de la mer. Dans ce pays nommé aussi Pays-Bas, le polder est une surface de terre gagnée à la mer. Les Hollandais sont passés maîtres dans l’art d’assécher les champs par un système ingénieux à l’aide de centaines de moulins à vent en bois. De nos jours le paysage a perdu son aspect désuet. Des pompes électriques, certes plus performantes mais moins écologiques, ont remplacé l’ancien système actionné par les vents ! Photo de 1960.

En Hollande, le combat contre l'eau est permanent.

Dans de nombreux pays la pénurie d’eau est depuis des milliers d’années un handicap quasi insurmontable, dans d’autres contrées, le trop d’eau est aussi un fléau.

Aux Pays-Bas comme son nom l’indique, les terres se trouvent plus basses que le niveau de la mer. Durant des siècles, la mer et les rivières inondent régulièrement les plaines une grosse partie de l’année. Les premiers habitants construisirent des talus artificiels, dénommés polders, entourés de canaux qui acheminent l’excès d’eau vers les rivières et la mer.

Ce fut l’invention du moulin à vent, vers 1400, qui permit la conquête de grandes parcelles de terrain. Dès le Moyen-âge, on édifia des digues pour soustraire les terres à l’envahissement des eaux. Entre le XIII° et le XIX° siècle, près de 500 000 hectares sont progressivement mis hors eau. Les moulins de polder fonctionnent toute l’année pour actionner les pompes refoulantes. A travers le pays, un paysage truffé de moulins de drainage participent à l’asséchement. Différant types de moulins dont la technique évolue au fil du temps mais le moulin de polder est le plus caractéristique des moulins hollandais. En bois, en général octogonal, parfois hexagonal, la calotte est manœuvrée de l’extérieur pour orienter les ailes.

Après une énième inondation particulièrement dévastatrice en 1916, des budgets d’Etat sont attribués pour éradiquer ce fléau récurent. Vers les années 1920 les travaux de protection  débutent. Au long du XIX° siècle des ouvrages hydrauliques pharaoniques sont réalisés. Un labyrinthe de canaux d’évacuation, des écluses régulent les niveaux, des kilomètres de digues sont édifiés complétés par les moyens les plus modernes, en particulier les pompes centrifuges et la vis à eau appelée aussi vis d’Archimède parce que ce savant grec utilisait une spirale pour évacuer l’eau. Si nécessaire, elles évacuent des centaines de milliers de litre à la minute !

Une digue longue de 30 km, 90 mètres de large, coiffée d'un autoroute isole la région du Zuiderzee. Aujourd’hui, l’œuvre entreprise en 1920 est presque achevée même si le projet d’un ouvrage important vient d’être abandonné. Un énorme travail de maintenance est indispensable.

Les hollandais, opiniâtres et persévérants, ont réussis à assécher des parcelles de terre parmi les plus fertiles du monde. Les agriculteurs se sont approprié les terres pour développer le maraîchage, mais surtout déployer, depuis quelques siècles, une horticulture de renommée internationale qui a gagné le slogan charmant : la Hollande, le pays des tulipes ! On peut ajouter, les quelques moulins à vent qui nous apportent un brin de nostalgie magique !

Le schéma démontre que le niveau de la mer est plus haut que les terres qui forment une cuvette remplie d'eau. De palier en palier, l'eau est rejetée à la mer.

 

Gouvernance de l’eau :

l’urgence est de changer le regard et les pratiques.

Kuomboka chez les Lozi

C’est l’histoire d’une cérémonie, l’une des plus connue d’Afrique, vieille de plus de 300 ans. La famine a chassé la tribu Lozi de la province occidentale du désert de Kalahari, surchauffé, aride et stérile. Elle choisit de s’installer dans une plaine inondable en bordure du Zambèze en Zambie.

Les débordements du fleuve amène du limon noir, des nutriments favorables à l’agriculture, au bétail et beaucoup de poissons. C’est un territoire fertile, généreux avec ses habitants. Le problème est que ces inondations arrivent avec fureur provoquant pertes humaines et animales par noyade mais aussi longues submersions des cultures. Pour les familles frappées par un deuil ces déluges sont moralement catastrophiques. Les jours suivants, l’eau stagnante attirent les moustiques vecteurs de maladies et les drames perdurent chez Lozi

Une histoire transmise oralement de génération en génération raconte qu’une inondation plus importante que d’autres plongea les Lozi dans la misère. Les flots déchaînés ont dévasté tout sur leur passage, faisant de nombreuses victimes humaines et décima le cheptel bovin, les jardins et les pâturages furent longuement submergés. Les habitants de Bulozi et le bétail ont été contraint de se réfugier sur les îlots qui servi de refuge, aussi, à des millions de rats, de serpents et de fourmis blanches. Même les serpents ne pouvaient gérer l’envahissement des fourmis et se terraient dans les buissons pour tenter d’échapper à leur attention !

Litunga, nom du roi, chef des Lozis pour sauver son peuple décida de migrer en amont, sur les hauteurs. Le Litunga a inventé en réponse à ce problème annuel le concept du Kuombola. Kuonboka signifie en langage Lozi « pour sortir de l’eau, déplacer hors de l’eau ».

La première barge appelée Njonjola a été construite de roseaux locaux qui ont été fagotés au moyen de racines et de fibres. Ce genre de barge n’est pas très solide ou de longue durée, bientôt le choix pour le bois a été évident.

La vie des Lozi est fortement influencée par le cycle des crues du fleuve Zambèze. Le Litunga possède 2 résidences, l’une à Lealui, est celle de la saison sèche, l’autre étant à Limulunga, qui tient lieu de capitale durant la saison des pluies.

Chaque année entre mars et mai, lorsque la partie supérieure du Zambèze inonde les plaines, se prépare la migration annuelle. La date est susceptible de changer chaque année; elle est tenue secrète. Le Litunga décrète le départ lorsque l’inondation atteint une hauteur de 40 pieds dessus de la normale, suivant la disponibilité de la nourriture ou du cycle de la lune. La décision prise, de lourdes percutions de tambours annoncent l’exode saisonnier à la tribu en compagnie du cheptel.

Une barge de grande taille capable d’emporter le Litunga, ses biens, ses serviteurs, ses musiciens et ses 100 pagayeurs habillés traditionnellement, vêtus de peaux de léopards, de crinières de lions, de coiffes de la couleur dorée de l’herbe séchée, répondent à des rites coutumiers bien précis. C’est un immense honneur que de pagayer pour le Litunga, le chef suprême !

La qualité et les sons des tambours royaux et des xylophones sont époustouflants et envoûtants. Sur la barge royale peinte en noir et blanc, trône une réplique en carton d’un éléphant noir symbole de la puissance Lozi.

Un soufflet de fumée informe la population que leur puissant chef Litunga est toujours vivant, qu’il est temps de le suivre pour faire leur retraite annuelle vers les hautes terres à l’abri des inondations. Sur les berges, les sujets en liesse, chantent et dansent.

Dans le sillage du roi, se trouve sa femme sur une barge sur laquelle domine une aigrette des marais, puis une importante flottille de personnalités dont le Premier Ministre.

A l’avant, 2 canots de couleur blanche sont chargés de vérifier la profondeur de l’eau et de détecter la présence d’éventuels ennemis.

Une fois la barge accostée, le roi descend à terre sous les vivats de plusieurs milliers de sujets et de touristes. Les hommes comme les femmes portent une longue jupe multicolore, coiffés d’un large béret incliné sur le côté, fait de coton de couleur rouge vif; seul le roi se distingue en arborant, avec l’autorisation de la Couronne britannique, un splendide uniforme d’amiral de la marine royale du XIXème siècle.

Durant 3 jours, chants, rythmes musicaux et danses traditionnelles enflamment la tribu puis quand les tambours épuisés de battre s’arrêteront on se donne rendez-vous l’année prochaine, pour célébrer à nouveau, le Kuomboka, l’une des plus fameuses fêtes de toute la Zambie !

Lorsque la mer s’emporte.

Puissant, l'océan Atlantique charge l'île de Sein au large de la Bretagne. Il bave l'écume de colère mais ce bout de terre en a vu des tempêtes hors normes ! Cliché de 1953.

Les tempêtes, que l’océan mûrit pendant de longues périodes de calme plat, ont, lorsqu’elles éclatent, une puissance si monstrueuse que rien ne leur résiste. Dans l’Atlantique Sud, sous les coups de vent soufflant à plus de 150 kilomètres à l’heure, les flots se creusent régulièrement jusqu’à 20 mètres, parfois davantage et les lames se déroulent sur un front de plus de 500 de mètres. Mais les latitudes polaires n’ont pas le monopole des furies.

En 1662 à Port Royal, en Jamaïque, dans une éruption de colère, la mer lança une frégate anglaise par-dessus toits et clochers de la ville… En 1746, à Callao, port du Pérou sur l’océan Pacifique, 4 vaisseaux furent emportés à plus d’une lieue (4 km environ) dans les terres. Au matin du 1er novembre 1755, Lisbonne ville la plus belle et riche de l’époque, ressentit un tremblement de terre. Un terrible raz de marée suivit. La mer se gonfla et inonda la ville en 3 assauts consécutifs, jusqu’à dépasser de 15 mètres le niveau des plus hautes marées. Un patrimoine exceptionnel fut anéanti en quelques minutes. La Tour de Belém construite au centre de l’estuaire, dénommée la Mer de Paille, se retrouva au bord du rivage, les eaux ayant été détournées. Au milieu de 60 000 morts ne survivaient que quelques détrousseurs de cadavres.

Le même jour, à Cadix en Andalousie, le niveau de l’eau monta de 30 mètres et rafla 200 personnes sur la jetée. Sa fureur se propagea à une vitesse foudroyante jusqu’en Irlande. Dans le port de Kinsale, aux USA, elle arracha les navires à leur mouillage et les fracassa sur la place du marché !

Et ses colères ne sèment pas seulement la désolation et la peur sur la surface terrestre. Elle est active jusque dans ses entrailles.On retrouva échoués sur la plage de la Barbade, arrachés aux profondeurs par un ouragan, de lourds canons d’une armada espagnole engloutie au large des côtes depuis quelques siècles. Nul n’a pu faire le compte des villes et de ses fières escadres englouties par ses tremblements de mer et ses raz de marées.

Plus proche de notre époque, le 26 décembre 2004, tout le monde a en mémoire le raz de marée qui a ravagé les côtes de l’Asie du Sud-Est et semé l’horreur sur plusieurs centaines de kilomètres. A Banda Aceh, épicentre de la catastrophe, une onde marine d’une puissance exceptionnelle est entrée jusqu’à 1 kilomètre à l’intérieur des terres, puis la mer s’est retirée violemment emportant tout sur son passage. Une ville dévastée, jonchée de débris et recouverte de boue. Mais surtout en aggravant la situation; l’eau salée rend les eaux douces impropres à la consommation et à l’irrigation pour de très longues périodes paupérisant davantage les résidents. Ce terrible et cruel tsunami a provoqué la mort de plus de 200 000 personnes.

Il est très difficile de résister efficacement aux paquets de mer gigantesques catapultés sur les tankers géants ballotés comme des allumettes puis drossés sur les côtes, de protéger le littoral ou les structures maritimes.

Neige pipi-caca.

L’Arizona Snowbowl est une station de ski perchée à 2 700 mètres au sommet d’un volcan éteint dans les superbes Pics de San Francisco. Construite il y a 75 ans, elle connaît des difficultés d’approvisionnement d’eau. On peut même dire que depuis sa création c’est un problème récurrent. Certaines années, l’enneigement est insuffisant pour équilibrer le budget, encore moins pour dégager des bénéfices et investir. De cette difficulté, est venue l’idée de produire de la neige artificielle à partir d’eaux usées recyclées. Ses exploitants s’apprêtent à récupérer environ 5 600 m3 par jour auprès d’une « source » un brin originale : utiliser le système de retraitement de la ville de Flagstaff situé à 25 kilomètres dans la vallée.

Immédiatement les écologistes ont crié au scandale et les tribus locales, les Navajo et Hopi, dénoncent avec force que les eaux usées contamineraient le sol de leur « montagne » sacrée. Nombreux ceux qui estiment que cette station n’aurait jamais dû sortir de terre dénoncent les amis de la nature. L’idée même d’utiliser les ressources d’eau pour faire du ski en Arizona est stupide estime un responsable du Center for Biological Diversity, ONG américaine pour la protection des espèces menacées. Alors aller la pomper sur 25 km de pente en utilisant de l’électricité issue des centrales à charbon qui ne font qu’aggraver le réchauffement climatique, c’est complètement irresponsable assène un autre dirigeant.

Une biologiste de renom redoute que l’eau recyclée contienne des résidus d’antibiotiques résistant à l’épurement des eaux usées. Nous ne savons pas quel effet le gel et le dégel va avoir sur les composants chimiques. En 2012 une analyse des eaux recyclées de Flagstaff décèle des traces de perturbateurs endocriniens et la présence de gènes résistants aux antibiotiques. Ces polluants pharmaceutiques sont présents dans tous les systèmes d’eau courante des Etats-Unis et d’Europe.

Pourtant, l’eau que convoitent les responsables de la station est déjà largement utilisée dans la région de Flagstaff pour irriguer les pelouses, terrains de sport, espaces verts et même les cours d’écoles ! Et ce n’est pas nouveau ; l’Arizona a construit sa première usine de traitement des eaux usées en 1926.

Il faut dire, aussi, que les eaux usées traitées qui ne sont pas réutilisées sont rejetées dans les rivières et donc réintroduites dans le système de distribution d’eau. En réalité, presque tout le monde boit de l’eau recyclée qui comporte une part de déchets ! Les nombreux opposants à la station exploitent le potentiel répulsif de cette neige pipi-caca. Les techniques de traitement des eaux sont de plus en plus performantes. Nombreuses sont les communes qui s’équipent d’installations capables de transformer les eaux usées en eau potable grâce au procédé d’osmose inverse. Il faudra encore patienter un peu avant que cette technique coûteuse se généralise, il est déjà possible de faire presque aussi bien pour beaucoup moins cher.

L’eau d’arrosage de Flagstaff n’est pas loin d’être potable. Il serait navrant de ne pas employer ces eaux recyclées mais d’ici à s’en servir pour en faire de la neige artificielle pour une station de ski en milieu désertique, il y a quelque chose de contradictoire. S’il n’y avait pas tous ses opposants, on nous décernerait un prix d’écologie durable pour l’utilisation que nous faisons de cette eau conclut un responsable de la station.

Cette prochaine saison de ski, la station de l’Arizona deviendra la première au monde à utiliser 100 pour % les effluents d’eaux usées pour produire de la neige artificielle.

En fait, c’est une mauvaise idée dans le cas de cette station, mais sinon c’est une très bonne idée !

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