Les chemins de la mâture.

Écrit par Super User. Publié dans Nos Pyrénées.

Après l’échec d’une première expérience d’exploitation des forêts pyrénéennes décidée dès 1629 par Richelieu, la seconde tentative fut abandonnée en raison des difficultés de transport et de prix de revient de la production. La France change sa politique d’approvisionnement en reprenant le commerce avec les pays de l’Europe du Nord. Mais l’achat de ces bois d’excellente qualité, demeurait soumis aux fluctuations des guerres européennes et aux embargos éventuels des pays producteurs. Désirant assurer l’indépendance maritime de la France, Colbert ordonna la mise en exploitation des forêts des Pyrénées centrales. Le roi de France payait un écu par arbre abattu en application d’un droit de propriété accordé aux habitants des vallées par le roi de Navarre, et maintenu lors de l’union du Béarn à la France, étaient choisis et marqués avant l’abattage.

Un officier de la marine contrôlait les opérations à la tête d’une brigade de 25 bûcherons, des Basques généralement, car les étrangers au pays ne s’adaptaient pas à la vie éprouvante d’un chantier de montagne. Supportant toutes les épreuves, ils se nourrissaient, à midi, de galettes de maïs cuites sous la cendre, et le soir de soupe à l’ortie blanche ou à la mauve sauvage. Ils dormaient dans des cabanes couvertes d’écorces et de branches, n’ayant pour se protéger des morsures du froid d’une couverture de laine pour deux. Malgré la rudesse de cette vie, l’ingénieur note peu de maladies, attribuant ce bon état sanitaire à la salubrité de l’air et à l’eau cristalline des Pyrénées.

Une fois abattus, les arbres dépouillés de leurs branches, étaient descendus vers le chemin sur des glissières de bois aménagées le long des pentes raides, de 300 à 400 mètres de dénivelé. Arrivé au chemin, le mât était chargé sur un engin, nommé trinqueballe, composé de deux essieux sur lesquels le tronc était posé et immobilisé à l’aide de cordes. A l’avant, une paire de bœufs tractait l’attelage, tandis qu’à l’arrière, plusieurs paires de bovins retenaient le trinqueballe et l’empêchait de tomber dans le précipice. Pour retenir les plus grosses pièces, 33 mètres de long et pesant 1,5 tonne, il fallait jusqu’à quinze paires de bœufs. Au plus fort de l’exploitation, en une seule journée quarante trinqueballes transitaient sur le chemin du Pacq pour relier Athas, village situé dans la belle vallée de l’Aspe en Béarn.

Les bœufs achetés sur place étaient nourris et logés dans les granges louées aux paysans de la vallée. Le nombre de granges étant insuffisants la Marine royale dut bâtir une étable pouvant accueillir jusqu’à 60 paires de bœufs et un grenier renfermant 8 000 quintaux de foin.

Pendant trois siècles, les Pyrénées ont fournit à la Marine royale ses plus beaux mâts de vaisseaux. Pour acheminer les beaux troncs destinés à fournir en mât les vaisseaux et bois de marine qui partaient vers les arsenaux de l’Atlantique ou de Méditerranée, il fallut du XVIème au XVIIIème siècle, percer des voies à flanc de montagne, construire des ponts de bois lancés par-dessus les ravins, aménager les rivières pour faciliter le flottage des troncs. Les balafres sont toujours visibles sur les flancs pyrénéens.

Font-Romeu, paradis des Pyrénées.

Écrit par Super User. Publié dans Nos Pyrénées.

        Initialement l’endroit où s’est construite la station de Font-Romeu était sur le territoire du village d’Odeillo. Dans cette contrée, seul l’ermitage Notre-Dame occupait le lieu depuis le XVIIIème siècle au milieu de forêts, de vertes prairies, de champs de pommes de terre et de quelques vétustes étables en bois pour abriter les bovins. A Odeillo, petit bourg pastoral aux maisons paysannes coiffées d’ardoise, blotties autour de l’église, la vie est difficile, comme dans tous les villages de Cerdagne, au diapason de son rude climat. Mais cet espace dominé par le pic du Carlit, son ensoleillement, la pureté de son atmosphère, une vue plongeante sur le plateau de Cerdagne tout en bas et le massif frontalier piqueté de sommets, de cols, blanchis ou verdoyants selon la saison, propose un décor extraordinaire. Ce coin de montagne lumineux est de toute évidence prometteur pour élever une coquette petite ville. Vers 1900, la vocation touristique du site débute. Une fontaine dans la cour de l’ermitage est certainement à l’origine du lieu qui deviendra le nom de la future station : Font-Romeu, la fontaine du pèlerin.

La ligne du Train Jaune est construite pour désenclaver la Cerdagne. Le « canari », surnom du Train Jaune aux couleurs sang et or arrive en gare d’Odeillo-Font-Romeu-Via en juillet1911. En 1913, la Compagnie des chemins de fer du Midi inaugure au-dessus du village le Grand-Hôtel dénommé le « paquebot des cimes » autant pour sa masse, son architecture que pour son luxe. A ses pieds émergent de terre les premiers chalets disséminés dans la forêt de la Calme exposée sur la « soulana ».

Bien avant tout le monde Font-Romeu comprend que le plaisir de glisser sur deux planches ou sur une luge au grand air dans un cadre montagnard fabuleux va devenir un loisir grand public et… lucratif. En 1921, Font-Romeu inaugure ses premières pistes. Le prestigieux Grand Hôtel captive une clientèle internationale aisée. Un train qui ressemble à un jouet déverse en gare d’Odeillo, petit village à deux pas du centre de Font-Romeu, une cohorte de joyeux lurons bruyants et de passagers chargés de skis, de luges, de patins, excités à l’idée de passer une belle journée à la neige et de fous rires sans fin dans la blanche « poudreuse ». L’entre-deux guerres, la station bénéficie d’un incroyable engouement de la part du public impatient d’oublier les années noires, avide d’air pur et de sensations fortes ! Seulement, à cette époque, la descente à ses contraintes… Sous la pression des plus passionnés amateurs de ski, il faudra attendre 1937 pour voir la première remontée mécanique ébranler ses grosses poulies et câbles pour rendre la pratique de ce nouveau loisir sportif plus attrayant. Deux ans de plaisir avant d’observer une longue parenthèse lors de la Seconde guerre mondiale. L’après-guerre voit déferler des skieurs tout schuss venus du Languedoc, de la région toulousaine et les familles les plus aisées de la Catalogne du Sud. Progressivement, la station préférée des catalans acquiert une aura qui la classe parmi les plus huppées de la chaîne des Pyrénées confirmant son immense potentiel. Elle mijote des rêves de grandeur ! Les chalets poussent comme des champignons, s’installent sanatorium et maisons de santé, le four solaire voit le jour en 1962, le complexe olympique d’entrainement en altitude construit en 1967 est prêt pour les Jeux Olympiques de 1968 à Mexico. Depuis le centre accueille les grands sportifs de diverses disciplines lesquels disposent de tous les moyens et conditions optimales d’entrainement. Font-Romeu en 1974 implante sa toute première télécabine qui en compte 62 aujourd’hui. Pyrénées 2000, la station de ski qui décline ses pistes sur l’autre versant mais implantée sur le territoire de Bolquère reçoit une sollicitation de mariage de Font-Romeu pour parfaire une offre plus compléte. En 1987 le contrat devient effectif, Font-Romeu compte 75 % de pistes, Pyrénées 2000 chiffre 25%. Associés, le duo englobe 23 remontées mécaniques desservant 43 pistes auquel il faut ajouter le plus grand parc d’enneigement artificiel de l’hexagone (proportion au nombre de pistes), elles deviennent un domaine skiable parmi les plus importants des Pyrénées.

Dès lors, Font-Romeu et Pyrénées 2000 caressent les rêves les plus fous ! 

Sur un flanc de montagne ensoleillée lui donnant le goût de l'action, Font-Romeu est forcément pionnier : innovant, ambitieux, sportif, jeune. La construction de la ligne de chemin de fer et le "Train jaune" désenclavent la Cerdagne et dans la foulée le luxueux Grand Hôtel est inauguré en 1913. Après la "Grande Guerre", Font-Romeu devient une station de sports d'hiver huppée qui accueille des familles aisées. Le "Grand Hôtel" et sa patinoire en sont le symbole. Photo d'une affiche publicitaire de 1928. 

Flore et végétation du Canigou.

Écrit par Super User. Publié dans Nos Pyrénées.

        Depuis la première excursion botanique organisée le 14 juillet 1891, par Charles Flahault, qui a emmené 25 personnes aux neiges éternelles, en passant par le catalogue raisonné de la flore des Pyrénées Orientales, de Gauthier en 1898 et la carte de la végétation des Pyrénées Orientales, par Henri Gaussen en 1950, 3300 espèces ont été répertoriées sur 2 785,66 m de hauteur et 32 600 hectares du massif, comme le botrychium simplex, découvert en 2010 dans la réserve de Mantet. Le Canigou dévoile des plantes aux noms étranges, la ramonda myconi ou « oreille de l’ours, le drosera carnivore, le nerprun alaterre, le solidago verge d’or, d’autres plus familières, l’immortelle, le lys martagon, le coscoll que chacun connaît pour l’avoir cherché sur les versants abrupts et avoir dégusté ses tiges bouclées, le rhododendron. Ces fleurs magnifiques résistent parfois à des températures extrêmes, telle la potentilla nivalis. Des arbres aux variétés différentes, chênes, pins, bouleaux, hêtres, sapins, abritent à chaque étape de la végétation une flore spécifique qui leur est associée. Cette forêt se transforme avec certaines espèces en recrudescence tandis que d’autres voient leur population diminuer. Evolution incessante liée à la déprise agricole, au climat changeant et à l’exploitation de la forêt.

Plaisirs aquatiques en Pyrénées.

Écrit par Super User. Publié dans Nos Pyrénées.

Ce long article consacré aux bienfaits de l'eau sur les Pyrénées catalanes est scindé en deux partiesLa 2ème partie sera diffuséeau début du mois prochain.

Hiver, automne, printemps ou été, la nature enlace de toutes parts Fontpédrouse et le hameau de St Thomas, particulièrement les abords des bassins et de l'amphithéâtre qui s'habillent  de couleurs saisonnières sous un ciel d'azur

 Les Pyrénées catalanes et audoises sont une immense réserve d’eau aux qualités diverses et complémentaires : toujours douces et limpides, elles sont naturellement vives, chaudes, fraîches, minéralisées, indomptables, furieuses, dormantes...Des lacs glaciaires plus ou moins grands créés naturellement par la nature ou des retenues d’eau aux surfaces imposantes construites par les hommes pour diverses raisons se transforment en véritables mers intérieures en saison estivale, permettant toutes les activités aquatiques. 

Le col de Ternère marque l’entrée en Conflent. A partir de cette modeste dépression, la route s’élève graduellement vers les hauts sommets des Pyrénées dont le trajet sinueux est jalonné de réservoirs d’eau qui font sa richesse et sa beauté. Et aussitôt, à droite la vaste retenue de Vinça, réservoir contenant plus de 24 millions de m3 réservés surtout à l’irrigation, à gauche, côté village, la plage des Escoumes a transformé l'avenir de Vinça. 

Le lac des "Escoumes" à Vinça est la plage du Conflent. Un poste de secours, l'analyse régulière de l'eau, des engins nautiques en location et des animations font de cet espace aquatique un pôle touristique incontournable de la vallée de la Têt. A l'arrière-plan, l'imposante silhouette du Massif du Canigou. 

A quelques kilomètres de distance, découvrez à Marquixanes sur les berges de la Têt, la base d’eaux vives pleine nature dissimulée sous une épaisse et luxuriante frondaison. Après le village médiéval de Eus accroché sur la colline, l’étroite vallée de la Castellane se faufile jusqu’à 450 m d’altitude pour accueillir la réputée station thermale de Molitg les Bains dans une véritable oasis de verdure ! Pau Casals, le virtuose musicien catalan, fidèle curiste, appréciait les vertus des eaux de Molitg. A Villefranche de Conflent, superbe bastion militaire d’un autre temps, le Cadi gros torrent de montagne vous guide jusqu’à Vernet les Bains niché au pied du Canigou. Au cœur du Parc Naturel Régional des Pyrénées catalanes, accordez-vous une pose "Bien-être" : les eaux de la « Perle des Pyrénées » transformeront votre esprit et votre corps, l’air pur du Canigou fera le reste ! A regret je laisse Villefranche derrière moi, ce sera l’occasion d’organiser plus tard une escapade exclusive consacrée à la merveilleuse citadelle bâtie par Vauban.

La route devient plus sinueuse, la montée plus raide. Les imposants bâtiments thermaux de Thués entre-Valls longent la Têt, l’entrée des gorges de la Carança invitent à une randonnée en suivant le torrent qui a donné son nom aux gorges et au lac. Sur un sentier vertigineux creusé dans la roche, truffé d'obstacles afin de rejoindre le refuge au bord du lac est une véritable prouesse sportive car ce site rustique n'est accessible qu'à pied pour une durée d'environ 4 heures par des randonneurs chevronnés et des pêcheurs aguerris motivés par la prise de belles truites et saumons des fontaines. Débouler au lac de la Carança est une récompense, un somptueux décor pour une découverte et une contemplation d'une nature harmonieuse, toujours mystérieuse dont le silence assourdissant n'est troublé par le vol d'un aigle royal ou au lever du jour,  par le bruissement discret d'un va et vient autour de l'étang où les animaux, petits et grands, chacun à son tour, s'abreuvent. Ce site au coeur du Parc Naturel Régional des Pyrénées catalanes, préservé par la difficulté d'y accéder, se mérite ! 

Un itinéraire parsemé d'embûches attend ce randonneur qui pose à l'entrée des redoutables gorges de la Carança : sentier étroit creusé dans la roche, corniches vertigineuses, ponts de singe instables, passerelles métalliques rouillées, traversées risquées du torrent, portage du matériel indispensable pour un long bivouac . Photo de 1920 environ. 

Le sillon de la Têt s’approfondit et se resserre entre deux parois tapissées de verts pâturages ou de forêts de pins à crochet, où l’on croise des ouvrages d'art spectaculaires comme le pont Séjourné, suspendu dans le vide depuis plus de 100 ans. Mais voilà déjà Fontpédrouse et le hameau St Thomas, perchés à 1150 m d’altitude. Les « Bains de St Thomas » réputés pour la qualité de ses sources d’eau chaudes (58° C), sulfurées, bicarbonées, riches en fluor et oligo-éléments. Des sources thermales exceptionnelles qui possèdent des vertus antalgiques, décontractantes, cicatrisantes que son plancton thermal rend légère et douce pour la peau s’expriment dans un amphithéâtre romain élevé à ciel ouvert : un temple dédié à l’eau  !

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Trobada al cim del Canigò.

Écrit par Super User. Publié dans Nos Pyrénées.

Trobada al cim del Canigò ou Rencontre au sommet du Canigou. 

Depuis Bouleternère en Roussillon, le pic du Canigò, en pointe de diamant, émerge des nuages pour admirer fleurir les arbres fruitiers du Conflent, chargés de fruits du printemps et se dévêtir de son blanc manteau afin de fêter la Sant Joan (la Saint Jean)

Omniprésent dans le paysage du Roussillon, il est dans le cœur des Catalans d’origine et de ceux qui veulent le devenir.

Le massif granitique du Canigou (Canigò en catalan), entre Pyrénées et Méditerranée, est une montagne unique en son genre et chaque Catalan doit au moins une fois dans sa vie toucher la croix de fer forgé édifiée sur son pic à 2 784 mètres d’altitude. Ce massif emblématique est la « bandera » (la bannière) de l’identité et de l’unité régionale de la Catalogne. Il représente le symbole de la fécondité par la quantité et la qualité de ses eaux limpides qui ruissellent sur ses flancs et dans les vallées encaissées. Il stocke des quantités phénoménales d’eau sous forme de glace et de neige qu’il redistribue lors du dégel et la fonte des neiges à travers de multiples torrents et canaux pour propager la vie et embellir la nature. A ses pieds fleurissent des villes d’eau réputées dont les fleurons sont : Amélie les Bains, Prats de Mollo-La Preste, Le Boulou, Vernet les Bains, Moligt les Bains, Thuès les Bains, St Thomas et tant d’autres situées sur ses versants sur lesquels jaillissent des eaux minéralisées aux vertus curatives.

Chaque année, le soir du 23 du mois de juin, il est aussi le théâtre idoine de la traditionnelle « Trobada » de la Saint-Jean. Une grande fête populaire pratiquée depuis la nuit des temps pour célébrer le solstice de l’été. Une délégation de Catalans du Sud accueille au sommet la flamme amenée de Perpignan par des Catalans français ; cette flamme en redescendant vers la plaine, allume au fur et à mesure tous les feux préparés dans les villages des deux côtés de la frontière. Dès lors une grande communion s’opère entre tous les Catalans divisés en 1659 par un malencontreux traité : le Traité des Pyrénées.

Une belle occasion de se réunir dans la bonne humeur autour d’un feu de joie pour discuter, raconter, chanter et danser. Pour les amoureux, "sauter" par-dessus le petit bûcher garantissait que leur amour dure toute l’année.

Espérons pour ce premier jour d’été un temps de saison avec un ciel illuminé d’étoiles scintillantes. La flamme de la St Jean, une fête traditionnelle en Pays catalan, illuminera la place de votre village ou de votre ville le soir du 23 juin.