Fête des vendanges.

Écrit par Super User. Publié dans L'eau qui chante.

Chaque année, depuis 24 ans, lorsque la vendange est rentrée, Banyuls fête cet événement saisonnier. Un rassemblement préparé, concocté, porté et attendu par toute la population du village car toutes les familles ou presque ont un rapport viscéral avec la vigne ou la pêche, très souvent avec les deux. Si la récolte est bonne le bonheur rayonne sur les visages.

Traditionnelles sardanes, coblas, bandas, fanfares, stands de dégustation, parties de pétanque animent la journée. Une grande célébration populaire, chaleureuse et joyeuse en l’honneur de la richesse apportée par le vignoble cascadant vers la mer, qui après une année de labeur et avoir dévié les stressants tracas, les viticulteurs se « lâchent » pour siroter le vin de la nouvelle récolte autour de copieux « esmorzars » (déjeuners) catalans. Pour les anciens le nouveau nectar se savoure en levant le « pùrro » (cruche catalane) bien haut pour faciliter sa descente dans le gosier. Les « colles » (équipes de vendangeurs) organisent les agapes, posent sur les « grabillas » (grilles de cuisson) sardines, saucisses, ventrèches ou escargots accompagnés par quelques « gots de vi » (verres de vin) du cru.

Le point d’orgue de ce rassemblement festif se déroule au milieu de l’après-midi lorsqu’une retentissante ovation annonce l’arrivée par la mer, d’une petite armada de barques catalanes poétisées de bannières sang et or. Voiles au vent, elles se découvrent, puis dansent dans la baie devenue encore plus belle, puis les « catalanes » chargées de comportes « s’amourrent» (accostage par la proue) sur la plage pour débarquer leur précieuse marchandise sous applaudissements d’une foule en liesse. Une image symbolique forte, regardée par des milliers de personnes, immortalisée par les caméras, les photographes représentant le bonheur où pêcheurs, vignerons et habitants font la gloire du Pays catalan. A Banyuls de la Marenda, la vendange est, toujours, une sacrée fête débordante de symboles !

La péniche Marie Thérèse ressuscitée.

Écrit par Super User. Publié dans L'eau qui chante.

      Agée de 162 ans, la péniche Marie Thérèse a eu forcément plusieurs vies. Elle a été construite en 1855 à Toulouse pour naviguer sur le canal du Midi. Jusqu’en 1890, entre la Ville rose et les quais du port de Sète, elle transite du vin en demi-muids (fûts en chêne d’une contenance de 625 litres), puis transporte des sacs de chaux, du ciment, du sable, du maïs ou de la farine. Elle pouvait charger et transporter allègrement 174 tonnes de marchandises. Après cette laborieuse mais intense vie, la Marie Thérèse est amarrée à Sète, tombe dans les mains de gens dont la navigation se fait en eaux troubles, changeant souvent de costume : restaurant le jour, discothèque la nuit et j'en passe… avant d’être abandonnée en très mauvaise santé en 1990.

Pour éviter sa destruction et la disparition définitive des barques de patron, le Conservatoire maritime et fluvial des Pays narbonnais l’achète en 1992. Juste avant qu’elle ne coule, (faute d’entretien durant de nombreuses années), une catastrophe qui aurait pu être son acte de décès. Elle sera finalement sortie de l’eau six ans plus tard, en 1998 exactement, dans un état déplorable. Quand elle a été renflouée, il ne reste pas grand-chose de cette imposante embarcation. Après cinq ans de restauration sur le chantier-école de Mandirac sur le canal de la Robine, elle retrouve son profil du XIXème siècle. Elle constitue un élément essentiel de la mémoire des « gens de l’eau » et témoigne pour les futures générations de l’épopée fantastique rattachée à la construction du canal du Midi et des conditions de son exploitation. Aujourd’hui, elle est la plus vieille péniche (et bateau) naviguant en Europe.

En mai 2016, elle entame une nouvelle existence, elle devient la vitrine de la cave coopérative des vignerons du château de Ventenac en Minervois qui ont acheté cette péniche d’exception dans le cadre d’un vaste projet de valorisation du patrimoine viticole. Elle sera amarrée devant le merveilleux château gothique où niche la cave viticole du petit et charmant village languedocien.

Il ne me reste plus qu’à souhaiter à la Marie-Thérèse la réussite à cette nouvelle aventure dans ce site merveilleusement représentatif de ce que le canal du Midi offre de meilleur à ses nombreux bateliers.

 

Légende du fort St Elme.

Écrit par Super User. Publié dans L'eau qui chante.

              Ce fut un champ de guerre perpétuel que ce puig Japone sur le flanc des Albères qui s’élève au-dessus de Collioure, clef d’une conquête qui fut d’après le poète Henri Noëll, une véritable Alsace-Lorraine du Midi. Sous le soleil du Roussillon, une fleur de pierre en forme d'étoile éclot, il y a plusieurs siècles sur les ordres d'un empereur conquérant afin de protéger Collioure, un joyau convoité sur le golfe du Lion. Depuis le fort Saint Elme apporte son rayonnement royal et son aura embellit davantage la cité des peintres. Une légende raconte que pendant un des nombreux sièges, toujours sanglants, du fort St Elme, deux farouches guerriers, l’un espagnol, l’autre français s’affrontent en duel, l’épée à la main. Une haine ancestrale décuple les échanges, acharnés, âpres, violents car le combat sera mortel à l’un d’eux. D’assauts en reculades, de reculades en assauts, les deux belligérants se retrouvent sur un à-pic étroit surplombant Collioure. Découvrant la divine beauté de la baie de Collioure et le dégradé de bleu de la Grande Bleue, les belliqueux ont stoppé net le duel admirant le site où la nature et les hommes ont apporté leur empreinte depuis des siècles. Ces braves ont compris que la vie est meilleure que la mort. Par le sentier, ils sont descendus bras dessus, bras dessous à Collioure pour déguster dans les tavernes les sardines grillées accompagnées par une cruche de vin du cru. Ils sont devenus les meilleurs amis du monde. Et depuis saint Vincent ou sant Vicens, veille à l’amitié des deux Catalunyà qu’un malheureux traité a saucissonné en deux ! 

D'un côté une flore sauvage désordonnée, fortement parfumée aux essences méditerranéennes, sur l'autre versant les parcelles de vignes, finement entretenues, cascadent. Le fort St Elme est un livre de l'histoire du Roussillon et la terrasse de son antique de tour de Guarda le meilleur point de vue de la Méditerranée. 

Les paillotes : stars des plages.

Écrit par Super User. Publié dans L'eau qui chante.

                Du littoral catalan à la Camargue, sur les quelques 220 km de côte qui longent le golfe du Lion, l’été, les paillotes émergent du sable comme les champignons dans la forêt en automne. Aucune ne se ressemble, chacune amène sur la plage son concept, sa déco, son ambiance, sa gastronomie et toutes cultivent un esprit écolo, bohème et cool.

Lors de la saison 2018, le département de l’Hérault comptait 74 concessions, celui des Pyrénées Orientales accueille 47 clubs de plage répartis sur 10 communes, 14 paillotes saisonnières dans l’Aude et 13 dans les Gard.

Familiale, sportive, relaxante, festive, écolo, exotique et, gastronomique, chaque paillote a son concept pour attirer le client. Les plagistes trouvent leur inspiration dans des concepts dénichés à l’étranger. Face à la mer, les paillotes ont parfois des allures de plages du bout du monde : parasols hawaïens, meubles et éléments de maisons chinés en Inde, décors tahitiens, totems, ombrelles chinoises, palmiers, lits à baldaquin, c’est à celui qui apportera la touche la plus exotique ou insolite de façon à s’imaginer en Thaïlande, Indonésie, Bali, Cuba ou je ne sais quelle île paradisiaque de l'océan  Pacifique. Certaines paillotes sont de véritables lieux de rencontre jusqu’au bout de la nuit dans un environnement de vacances où les Dragons catalans viennent fêter la victoire du dernier match contre les coriaces Anglais et les « socios » ergoter sur le recrutement de l’USAP ou du « Barca ».  C’est du bonheur de déjeuner, bronzer, s’amuser, danser, festoyer le soir venu face à la Méditerranée en écoutant le ressac des vagues et les derniers tubes musicaux à la mode. 

L’Etat, propriétaire du domaine maritime veille à maîtriser l’expansion des clubs de plage et accorde des concessions en nombre limité, renouvelés périodiquement, en cinq et douze ans selon les communes. Des baux précaires très convoités. Le montage de la structure en bois débute début avril sur une surface d’environ 1 500 m2 qui nécessite 1 mois environ de travail : cuisines, décor, sono et mise en place de tout le matériel. Après 5 ou 6 mois d’activité estivale intense, les paillotes sont démontées, évacuées faisant plage nette. Les plages désertées retrouvent leurs aspects naturels, il ne reste plus que quelques promeneurs nostalgiques de la belle saison, de l'éternelle beauté de la mer et les tuyaux de raccordements.

En France, la plage est à tout le monde. On peut aussi préférer se tenir à l’écart des pôles d’attraction, poser sa serviette sur le sable, sortir le pique-nique et profiter des bienfaits de la mer sous son parasol, tout simplement mais, logiquement le dépaysement, le cadre idyllique et un service de qualité a un coût ! 

  Sur la plage de Canet, la paillote est un espace de détente à quelques pas de la Méditerranée. Pas besoin de voyager à l'autre bout du monde pour dénicher un lieu idyllique; en Languedoc, en Roussillon ou sur la Costa Brava les plages n'ont rien à envier aux paradis exotiques. 

Sacré gazon !

Écrit par Super User. Publié dans L'eau qui chante.

          Imaginez la conversation suivante entre Dieu et Saint François d’Assises. Le bon Dieu s’adresse à Saint François d’Assises : toi qui connaît tant de choses sur la nature, peux-tu me dire ce qui se passe en Europe avec les pissenlits, les violettes, les chardons, les coquelicots et toutes les belles fleurs que j’ai dispersées là-bas il y a des siècles? J’avais planifié un jardin parfait sans entretien et avec un minimum d’eau. Ces plantes-là poussent dans n’importe quel type de sol, supportent la sécheresse et se multiplient à profusion. Le nectar de leurs fleurs attire des papillons, des abeilles et des volées d’oiseaux aux chants mélodieux. Je m’attendais, à l’heure actuelle, à voir de vastes jardins bariolés, mais tout ce que j’aperçois, ce sont des rectangles plus ou moins verts !

Ce sont des tribus qui se sont installées là-bas, Seigneur, répond Saint François On les appelle les banlieusards. Ils ont commencé par dire que vos fleurs sont de « mauvaises herbes » et ils ont déployé beaucoup d’efforts pour remplacer votre mauvaise herbe par du gazon.

Du gazon ? C’est tellement ennuyeux et si peu coloré ! Cela n’attire pas les oiseaux, ni les papillons, ni les abeilles, mais seulement des vers blancs, des pyrales et des punaises. De plus, c’est très sensible aux changements de température, excessivement gourmand en eau. Ces banlieusards comme tu les appelle, veulent-ils de tous ces tracas ?

Apparemment, Seigneur, ils dépensent beaucoup d’argent et d’énergie pour faire pousser ce gazon et le maintenir vert. Ils commencent par appliquer des engrais au printemps et ils empoisonnent toutes les autres plantes qui pourraient gêner leur gazon et inondent les parcelles d’eau !

Les pluies et la fraîcheur printanière doivent faire pousser le gazon vite et bien. Je suppose que cela rend les banlieusards très heureux rétorque le bon Dieu toujours prêt à comprendre ses ouailles. Détrompez-vous Seigneur. Dès que le gazon commence à pousser, ils le coupent, parfois 2 fois par semaine puis mouillent, à nouveau, abondamment.

Ils le coupent ? Est-ce qu’ils en font des ballots comme avec le foin ?

Pas vraiment Seigneur, la plupart d’entre eux ramassent l’herbe coupée pour la mettre dans des sacs.

Dans des sacs ? Pourquoi ? Est-ce qu’ils les vendent ? Est-ce une récolte rentable ?

Pas du tout Seigneur, au contraire, ils paient pour qu’on vienne emporter la tonture !

Voyons donc, je crois que je ne comprends pas très bien. Tu me dis qu’ils fertilisent le gazon pour qu’il pousse plus vite et quand il pousse bien, ils le coupent et paient pour s’en débarrasser ?

Oui, c’est bien ça Seigneur.

Ces banlieusards doivent être contents en été, quand nous diminuons les pluies et que nous élevons la température. Cela ralentit la croissance du gazon et doit leur faire gagner beaucoup de temps.

Vous n’allez pas me croire, Seigneur. Quand le gazon pousse moins vite, ils sortent le tuyau d’arrosage et irriguent copieusement pour pouvoir continuer à couper et à remplir les sacs !

C’est insensé ! Mais au moins, ils ont conservé quelques arbres. Ça, en toute modestie, c’est une idée géniale de ma part. Les arbres font pousser des feuilles au printemps pour produire une magnifique parure et procurer de l’ombre pour la saison estivale. En automne, les feuilles tombent pour former un tapis naturel qui protège le sol et les racines. De plus, lorsqu’elles se décomposent, elles améliorent le sol et nourrissent les arbres pour faire de nouvelles feuilles. C’est le parfait exemple du recyclage naturel !

Vous feriez bien de vous asseoir, Seigneur. Les banlieusards ont imaginé un nouveau cycle. Aussitôt que les feuilles tombent, ils les ramassent, les mettent dans des sacs et paient pour s’en débarrasser aussi !

Mais voyons donc ! Comment font-ils pour protéger les racines des arbres et arbustes en hiver et pour conserver l’humidité dans le sol interroge Dieu ?

Après avoir jeté les feuilles, ils achètent quelque chose qu’ils appellent du paillis. Ils le rapportent chez eux, l’étale autour des arbres pour remplacer les feuilles afin d’éviter l’évaporation !

Ah ! Et où vont-ils chercher ce truc, ce paillis ?

Ce n’est pas compliqué, Seigneur ; ils coupent des arbres et les réduisent en petits copeaux.

C’est assez, c’est insupportable ! Je ne veux plus entendre de telles inepties ! Se tournant vers Sainte Catherine, vous qui êtes responsable des arts, quel film avez-vous prévu pour ce soir ? « Les banlieusards » Seigneur répond promptement Sainte Catherine. Oubliez ça, on vient de me raconter l’histoire !

L’auteur de ce texte m’est inconnu. Christian Téna.